Quelques joli mots, sur le film
René Guy Cadou ou les visages de la solitude
Un film sur
René Guy Cadou
Les films sur les poètes sont
rares et méritent que nous nous y attardions. Après Cristina Moura qui nous
avait présenté un
documentaire consacré au poète brésilien Manoel de Barros, c'est au
tour de Jacqueline Luthereau de nous parler de cette nouvelle création
audiovisuelle concernant René Guy Cadou.
Après le visionnage du DVD,
d’abord un film ; René Guy Cadou ou les visages de la solitude réalisé par
Emilien Awada, sur un scenario de Luc Vidal avec les voix de M. Lonsdale et R.
Martin, je donnerais volontiers une lecture butinante, gorgée comme l’abeille
d’images d’eau, de mer noyée dans un ciel moiré, à peine bleuté, mandala
lumineux, d’eau qui s'écoule dans le marais de la Brière, sans doute, mais qui
reflète l’immobilité de l’arbre sur la berge ou le tremblement de l’herbe. Jeu
des reflets qui fascinait le poète nous dit Hélène gardienne de sa voie(x). Sur
ces images, on entend les textes de René Guy Cadou, on découvre les lignes
écrites. En alternance, des souvenirs de poètes. C.Bulting, C. Moncelet, Bruno
Doucey, passionnants, esquissent un portrait de Cadou ou plutôt une trajectoire
fulgurante par sa brièveté.
Entré en poésie dans le village
de Rochefort-sur-Loire, où il connaît l’effervescence de l’amitié, le partage
de l’expérience poétique, l’amour d’Hélène, il se retire ensuite à
Louisfert . « La poésie s’est mise à bouger dans le sens des
feuilles ». Ode à son territoire : « Brière, mes limons de
jeunesse ».
Hélène nous le décrit
« rieur et railleur », « en plein dedans et dehors »,
« bouleversé et joyeux », « il avait le don de mettre de l’harmonie
dans la destruction et le ravage ». Bruno Doucey précise qu’il
n’était d’aucune école, il avait pourtant inventé le terme de sur-romantisme
qui prônait le retour du lyrique sans oublier la liberté des images impulsée par
le surréalisme. Il dit aussi « le poète se fait corps creux pour
accueillir la rumeur du monde ». A Louisfert, Cadou accueille l’événement,
prend des notes et le soir écrit des poèmes. Il est instituteur un homme parmi
les hommes. Hélène le dit très laïc et très chrétien ; « il avait
dans une poche la médaille de Saint Benoît offerte par Max Jacob et dans
l’autre la carte du Parti communiste français. Dans le monde rural très
clérical de l’avant guerre, il convertit les plus hostiles à l’école laïque par
son humanisme, sa chaleur humaine. Il n’est pas un poète de la Résistance mais
alors que les poètes étaient conspués par les pétainistes, écrire de la poésie
était sa manière de résister.
Suivent ensuite des interviews
qui éclairent sa formation, sa foi, les peintres et les poètes qui l’ont
accompagné. Bruno Doucey évoque le rôle de Pierre Seghers qui accepte de
publier son dernier ouvrage, le plus abouti, Hélène ou le règne végétal tandis
que Gallimard ne cesse de lanterner.
Les témoignages sont
intéressants, le montage réussi. A voir absolument…
Jacqueline Luthereau