vendredi 20 janvier 2012

GARRIGUES EST CHEZ CALOU

Calou (Pascale Arguedas) parle de Marseille mer de Jean-Claude Garrigues.


C'est ICI.


Ou ci-dessous




Un beau recueil de dix nouvelles chantant Marseille et l’humanité, celle qui bat le pavé des bas quartiers, se montre sur la Corniche, celle des pêcheurs aux visages burinés, des putes ou des cabarets, celle de l’intime qui se confie à la nuit lorsque la mémoire tisonne le passé. Tendres et sans illusions, ces dix nouvelles rassemblées en deux chapitres, Racines et Partir, sont reliées par le fil rouge de l’émotion, éclairées d’une lumière vive et crue, celle du métier de vivre un quotidien souvent régi et dominé. Marseille mer c’est la rencontre d’une ville et de personnages insolites, de quartiers habités par des êtres simples, souvent sur la pente, attachés à leurs racines ou tiraillés par l’exil. Marseille mer, c’est une ville et ses gens qui tiennent ensemble debout par la grâce d’une évidence, celle d’un regard : « À Marseille, toutes les rues mènent à la mer. À dire vrai, elles y mènent plus ou moins directement mais, qu’on les parcoure dans un sens ou dans un autre, qu’on les « monte » ou qu’on les « descende », comme l’on dit volontiers ici et cela même si leur dénivelé est voisin de zéro, on finira toujours par éprouver sa présence, là, ou un peu plus loin, là-bas. Ici aussi, parmi mille autres paradoxes, il arrive parfois que l’on baptise une impasse boulevard et un boulevard rue mais n’importe : chaque maison peut être une ville, chaque quartier une île et chaque bateau, lorsqu’on y parvient enfin, fait un port à lui seul… »
On entre dans chaque nouvelle par une rue, ruelle, on y rencontre des anonymes vivant des instants particuliers : « Dans la vie, tout est un bijou. Le problème, c'est que parfois la broche est mal montée. » A chaque trajectoire, les dés semblent jetés mais rien interdit d’influer son destin… Au fil des soliloques, conversations, introspections, dialogues, le lecteur découvre Marseille à pied et en bateau, ses ambiances, quartiers (Le Panier, la Plaine, la Joliette, Saint-Antoine, le centre ville mais aussi Le Vallon des Auffres, le Château d’If ou les calanques), partage des tranches de vie singulières, s’attache à ces petites gens aux vies souvent minuscules, parfois mouvantes, toujours émouvantes. Une ribambelle se tient la main, dessinant une belle chronique sociale. D’une plume simple, précise et poétique, Jean-Claude Garrigues croque de délicieux portraits, plonge dans des souvenirs qui remuent autant qu’un soir de houle. Entre bonheur de l’enfance et vie fauchée par l’Histoire, l’écrivain navigue dans les hautes eaux du rêve et celles d’une triste réalité, coloriant un monde noir et blanc d’injonctions marseillaises qui chantent à l’oreille, mûrissent sous la paupière. Descriptions, odeurs, langue — luxe d’introduire des mots oubliés qui scintillent ; bonheur de croiser des néologismes qui nous ouvrent aux modulations et variations ; joie d’un langage qui devient soudain sable mouvant au cœur de l’émotion ! — tout participe d’un même élan pour nous sensibiliser à la peinture, toute en nuances et demi-teintes, de cette ville et de ses habitants qui ont déjà fait couler beaucoup d’encre. Et pourtant, et pourtant,comme l’écrivait Issa, quel plaisir d’aller à la rencontre de cette géographie humaine et littéraire, quelle joie d’être soudain éclairé par la lumière poétique de quelques vers de Louis Brauquier (poète marseillais tombé dans les oubliettes)… Jean-Claude Garrigues restitue au plus juste la ville blanche, éveille une empathie qui ne glisse jamais vers la sensiblerie. Entre contrastes et paradoxes, son écriture reste sur le fil de l’élégance et garde le cap de l'exigence : « Toute la vie tourne autour de la lutte du sédentaire et du nomade, du fabriquant et du commerçant. Il y a des gens qui ont le temps court et qui vivent de vigilance et d'autres qui ont le temps long et vivent de permanence. » Sa Marseille mer est chaleureuse, cosmopolite et interlope, dure, sensuelle, douce et violente, pleine de cœur, de fraternité, vivante !
Pascale Arguedas

L’auteur
Journaliste, Jean-Claude Garrigues est né en 1959 à Marseille. Il y a passé sa jeunesse et les premières années de sa vie professionnelle. Il vit aujourd’hui près de Grenoble. Il a débuté sa carrière au Provençal et, très vite, a rejoint le Dauphine Libéré où il est actuellement Secrétaire Général de la rédaction de ce quotidien régional.

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