vendredi 13 janvier 2012

CHIENDENTS N°4


Chiendents n°4, Cahier d’arts et de littératures

Philppe Lacoche, le hussard d’automne

Lacoche s’est mis à l’eau

Dans le panorama de la littérature en Picardie, Philippe Lacoche occupe une place privilégiée tout autant qu'exposée : il en est le représentant le plus en vue. Il le doit principalement aux profondes résonances d'une œuvre « générationnelle » : de ceux dont l'adolescence s'est éveillée en même temps que le rock.
S'ils n'ont pas connu les épouvantes de la guerre, ils ont tâté de ses privations –suffisamment pour savoir d'où ils viennent – avant de basculer dans le modernisme des trente Glorieuses. C'est dire que leurs élans ne seront jamais euphoriques ni leur mélancolie jamais désespérée.

L'oeuvre est multiple. Elle a aussi, et fréquents, des accents que l'on pourrait dire régionaux tant ils parlent aux gens entre Aisne, Oise et Somme (entendez : les rivières). Moins sur la fenêtre océane qu’au coeur du pays industrieux semé de petits villages égrenés dans la plaine et sacrifié sur l'autel de quelque profit de l'heure.

La Picardie de Lacoche, c'est exactement le lieu de ce naufrage. Mais régionaliste, il ne le sera qu'une seule fois : à travers son « pamphlet sentimental » Pour la Picardie, histoire de dire son fait aux élucubrations de « Sa Suffisance » qui crut que son mépris pouvait tenir lieu de réflexion.

En une vingtaine d'années d'écriture – on ne sait pas très bien si l'aventure commence avec le journalistique Les ténors du rock (1984) ou plutôt avec Cité Roosevelt, paru au Dilettante neuf ans plus tard – et autant de livres, Lacoche n'a cessé de creuser trois de nos émotions majeures (et le « nos » vaut pour « nous autres, nous tous, lecteurs ») : les jeunes années, les amours, la musique. Un soir d'automne comme celui-ci où j’écris, on est seul, on entre dans un café, on s'assied à l'écart. On sort de ces photos que l'on a toujours sur soi : un enfant sur un vélo, une jeune fille au regard infini, sa première guitare. Toujours dans cet ordre, la mélancolie au milieu...

Il y a plus que ses livres : il y a l'amour qu'il donne des livres des autres. Journaliste au Courrier Picard, il y tient une rubrique littéraire dense. S'il se place volontiers sous le patronage tutélaire des Hussards (que furent, dans les années 50 et 60, Nimier, Blondin, Déon et quelques autres), il y fait preuve d'un éclectisme salutaire. Dernière pièce du puzzle : Les Dessous chics, sa brève rubrique du dimanche dans le même journal, est un modèle d'impertinence et de badinage, de libertinage parfois. Un ton très personnel que l'on ne retrouve guère au détour de ses personnages romanesques : pour Lacoche, tout est écriture. Un dernier mot : ses personnages sentent la déglingue, les blessures d'enfance mal refermées, les rêves avortés ; les musiques qu'ils aiment empestent « le soufre » (générique de diverses substances) ; ils fument et boivent d'abondance.

L'année où Lacoche se mit à l'eau, rompant avec un certain romantisme du naufrage, je craignis le pire. J'avais tort. Non seulement l'abstinence lui va bien mais... ses personnages, eux, sont restés délicieusement immoraux et ils boivent toujours !

Roger Wallet

Ont participé  au Sommaire

Christian Laborde, Éric Holder , Alain Paucard, Alexis Salatko, Hervé de Chalendar, François Cérésa, Antoine Piazza, Yves-Marie Lucot, Jacques Béal, Patrick Besson, Jean-François Danquin, Pierre Mikaïloff, Laurent Margerin, François de Cornière, Jacques Frantz, Lou-Mary, et Roger Wallet

-----
ISBN 978-2-84273-837-2

3€ (+ 2 € de port)






0 commentaires:

Enregistrer un commentaire