Les
Fables de La Fontaine
vues par
Jean
Tirilly
Jean Tirilly pouvait
parfois parler à flots continus de ses vides intérieurs, ainsi la plupart du
temps en avant de soi, et que l’exercice de la peinture réussira en partie, à
combler. Je vois bien, aujourd’hui l’intérêt du peintre pour le genre
littéraire de la fable : il offre la possibilité d’instantanéiser le cours du
langage, son petit chaos logorrhéique, d’éterniser ainsi les mélancolies
collectives, de peindre de frêles silhouettes subversives, de dépeindre, aussi,
les grotesques et parfois destructrices ambitions qui peuvent réellement
exister...
Olivier Hobé
Si
vous aimez la peinture pour la décoration, Jean Tirilly sera pour vous pour
vous une torture. Il vous amène au plus profond de vous. Regardez bien, encore
et encore. Pour collectionneur, vous avez enfin une création...
Tous
les conservateurs et experts ont à leur disposition un dictionnaire des
synonymes qui de peintre en peintre change de page en page.
Je
ne peux faire l’affront à Jean Tirilly d’utiliser un discours aussi impuissant.
Je ne peux trahir une peinture qui est sa vie et résumer dans la couleur
employée le destin d’un artisan.
Jean
René Guihard
Ce
livre refait découvrir la puissance, l’élégance, le style, la perspicacité des
fables, utiles comme une morale de la lucidité et connaître un grand peintre,
Jean Tirilly qui lui aussi à ce « don de double vue ». Ces illustrations qu’il
a fait de l’oeuvre poétique de Jean de La Fontaine sont à elles seules des
fables modernes comme si le peintre avait mis une fantaisie qui donne un autre
sens à la fable, un humour à la Jarry, des fleurs de rêves imprévus, preuves
d’un esprit et d’un cœur totalement libres et libérés...
Luc Vidal
Isbn :978-2-84273-836-5
35
euros
format :
21x21cm
128
pages avec 29 planches couleur
FABLES
Le Corbeau et le Renard
Maître Corbeau, sur
un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par
l’odeur alléché,
Lui
tint à peu près ce langage :
Que vous êtes joli !
que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se
rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix
des hôtes de ces bois. »
À ces mots le
Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et
pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large
bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en
saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de
celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut
bien un fromage, sans doute. »
Le Corbeau,
honteux et confus,
Jura, mais un peu
tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
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Le Singe et le Thésauriseur
Un Homme
accumulait. On sait que cette erreur
Va souvent jusqu’à la fureur.
Celui-ci
ne songeait que Ducats et Pistoles.
Quand ces
biens sont oisifs, je tiens qu’ils sont frivoles.
Pour sûreté de son Trésor,
Notre
Avare habitait un lieu dont Amphitrite
Défendait
aux voleurs de toutes parts l’abord.
Là
d’une volupté selon moi fort petite,
Et
selon lui fort grande, il entassait toujours :
Il
passait les nuits et les jours
A
compter, calculer, supputer sans relâche,
Calculant,
supputant, comptant comme à la tâche :
Car
il trouvait toujours du mécompte à son fait.
Un
gros Singe plus sage, à mon sens, que son maître,
Jetait
quelque Doublon toujours par la fenêtre
Et
rendait le compte imparfait :
Permettait
de laisser l’argent sur le comptoir.
Un
beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée
D’en
faire un sacrifice au liquide manoir.
Quant
à moi, lorsque je compare
Les
plaisirs de ce Singe à ceux de cet Avare,
Je
ne sais bonnement auxquels donner le prix.
Dom
Bertrand gagnerait près de certains esprits ;
Les
raisons en seraient trop longues à déduire.
Un
jour donc l’animal, qui ne songeait qu’à nuire,
Détachait
du monceau, tantôt quelque Doublon,
Un Jacobus, un Ducaton,
Et puis quelque Noble à la rose ;
Éprouvait
son adresse et sa force à jeter
Ces
morceaux de métal qui se font souhaiter
Par les humains sur toute chose.
S’il
n’avait entendu son Compteur à la fin
Mettre la clef dans la serrure,
Les
Ducats auraient tous pris le même chemin,
Et
couru la même aventure ;
Il
les aurait fait tous voler jusqu’au dernier
Dans
le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.
Dieu
veuille préserver maint et maint Financier
Qui
n’en fait pas meilleur usage.



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