vendredi 20 janvier 2012

JEAN DE LA FONTAINE ILLUSTRE PAR JEAN TIRILLY


Les Fables de La Fontaine
vues par
Jean Tirilly

Jean Tirilly pouvait parfois parler à flots continus de ses vides intérieurs, ainsi la plupart du temps en avant de soi, et que l’exercice de la peinture réussira en partie, à combler. Je vois bien, aujourd’hui l’intérêt du peintre pour le genre littéraire de la fable : il offre la possibilité d’instantanéiser le cours du langage, son petit chaos logorrhéique, d’éterniser ainsi les mélancolies collectives, de peindre de frêles silhouettes subversives, de dépeindre, aussi, les grotesques et parfois destructrices ambitions qui peuvent réellement exister...

Olivier Hobé


Si vous aimez la peinture pour la décoration, Jean Tirilly sera pour vous pour vous une torture. Il vous amène au plus profond de vous. Regardez bien, encore et encore. Pour collectionneur, vous avez enfin une création...

Tous les conservateurs et experts ont à leur disposition un dictionnaire des synonymes qui de peintre en peintre change de page en page.

Je ne peux faire l’affront à Jean Tirilly d’utiliser un discours aussi impuissant. Je ne peux trahir une peinture qui est sa vie et résumer dans la couleur employée le destin d’un artisan.

Jean René Guihard


Ce livre refait découvrir la puissance, l’élégance, le style, la perspicacité des fables, utiles comme une morale de la lucidité et connaître un grand peintre, Jean Tirilly qui lui aussi à ce « don de double vue ». Ces illustrations qu’il a fait de l’oeuvre poétique de Jean de La Fontaine sont à elles seules des fables modernes comme si le peintre avait mis une fantaisie qui donne un autre sens à la fable, un humour à la Jarry, des fleurs de rêves imprévus, preuves d’un esprit et d’un cœur totalement libres et libérés...

Luc Vidal

Isbn :978-2-84273-836-5
35 euros
format : 21x21cm
128 pages  avec 29 planches couleur


FABLES

Le Corbeau et le Renard





Maître Corbeau, sur un arbre perché,
        Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
        Lui tint à peu près ce langage :
        « Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
        Sans mentir, si votre ramage
        Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
        Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
        Apprenez que tout flatteur
     Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
          Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
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Le Singe et le Thésauriseur


Un Homme accumulait. On sait que cette erreur
             Va souvent jusqu’à la fureur.
Celui-ci ne songeait que Ducats et Pistoles.
Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu’ils sont frivoles.
             Pour sûreté de son Trésor,
Notre Avare habitait un lieu dont Amphitrite
Défendait aux voleurs de toutes parts l’abord.
Là d’une volupté selon moi fort petite,
Et selon lui fort grande, il entassait toujours :
            Il passait les nuits et les jours
A compter, calculer, supputer sans relâche,
Calculant, supputant, comptant comme à la tâche :
Car il trouvait toujours du mécompte à son fait.
Un gros Singe plus sage, à mon sens, que son maître,
Jetait quelque Doublon toujours par la fenêtre
           Et rendait le compte imparfait :
           La chambre, bien cadenassée,
Permettait de laisser l’argent sur le comptoir.
Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée
D’en faire un sacrifice au liquide manoir.
Quant à moi, lorsque je compare
Les plaisirs de ce Singe à ceux de cet Avare,
Je ne sais bonnement auxquels donner le prix.
Dom Bertrand gagnerait près de certains esprits ;
Les raisons en seraient trop longues à déduire.
Un jour donc l’animal, qui ne songeait qu’à nuire,
Détachait du monceau, tantôt quelque Doublon,
         Un Jacobus, un Ducaton,
         Et puis quelque Noble à la rose ;
Éprouvait son adresse et sa force à jeter
Ces morceaux de métal qui se font souhaiter
         Par les humains sur toute chose.
S’il n’avait entendu son Compteur à la fin
         Mettre la clef dans la serrure,
Les Ducats auraient tous pris le même chemin,
Et couru la même aventure ;
Il les aurait fait tous voler jusqu’au dernier
Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.
Dieu veuille préserver maint et maint Financier
Qui n’en fait pas meilleur usage.


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